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Ce n’est pas une action « champignon », isolée de son contexte. TAPAJ aurait eu peu de chance de réussir sans l’histoire déjà ancienne de l’accompagnement des jeunes en errance dans la ville. Car au fond quel est le problème auquel cette action est sensée répondre ?

Ne nous voilons pas la face, il s’agit en premier lieu, comme dans tout espace public où se confrontent des populations dissemblables, d’apaiser les tensions entre elles. Les options sont peu nombreuses : déplacements des groupes, verbalisations, médiation, accompagnement social.

Posons-nous auparavant la question dont nous devons considérer la ville : y a-t-il des bons et des mauvais habitants ? Des habitants à protéger (les riverains en titre) et des habitants à juguler (les publics marginalisés).

Le Maire, qui préside le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, ne souhaite pas trancher pour les uns ou les autres, réaffirmant que tous sont habitants de la même ville. C’est d’ailleurs l’essence même de notre nouveau Pacte de Cohésion Sociale et Territoriale : une attention à tous et en particulier pour les plus fragiles.

Il ne souhaite donc pas non plus opter pour l’une ou l’autre des options d’intervention. En effet les valeurs pragmatiques qui président au CLSPD prônent le diagnostic partagé et la mise en œuvre d’actions proportionnées.

Le but reste l’apaisement de ce qui altère le « vivre ensemble », qui le condamnerait ? Mais les objectifs intermédiaires sont le plus souvent les plus intéressants car chargés de sens : faire évoluer le regard des uns sur les autres, rétablir la communication au-delà des préjugés et des défiances, aller vers les plus fragiles, imaginer des alternatives à l’errance, à la mendicité, favoriser l’accès aux droits, etc..

Ce préambule pour que l’on saisisse bien que la connaissance fine du public incriminé est le socle pour aller plus loin vers un travail d’accompagnement répondant vraiment à leur demande.

La ville a donc initié une démarche de co-construction de réponses à la fois institutionnelles avec le Conseil Général et la DDASS à l’époque (ex DDCS) et de terrain avec le CEID qui a accepté d’élargir ses missions en direction de ce public.

TAPAJ est donc né tout d’abord du travail de rue, d’un apprivoisement mutuel car ces jeunes affichent souvent une rupture avec les travailleurs sociaux du fait de leurs parcours déjà souvent jalonnés de mesures éducatives.

De cette relation de confiance nouvelle a pu s’ensuivre une proposition d’ateliers artistiques alliant la pratique-plaisir à la rencontre structurée avec des aidants potentiels.

De ces rendez-vous collectifs semi-informels au milieu d’artistes et d’éducateurs, d’autres rendez vous plus individualisés ont pu être sollicités par ces jeunes. Des parcours de soins, de formation, d’aide administrative, d’accompagnement justice, ont pu naître.

De ces suivis, la question de l’hébergement adapté, du fait des chiens notamment, a pu se concrétiser par la création de Pro Domo.

Enfin, malgré toutes ces avancées, les moins de 25 ans n’ayant pas accès aux minimas sociaux, la manche restait le socle de la survie au jour le jour. De ce fait les plus jeunes s’y enferraient et les riverains y puisaient à nouveau leurs récriminations.

Une opportunité de rencontre avec les initiateurs québécois de TAPAJ a été le déclic commun entre la ville et le CEID qui ont connu cette action de Spectre de rue pratiquement en même temps, il n’y a pas de hasard.

La plus-value de ce dispositif, outre son inscription dans une approche élargie des jeunes en errance, est qu’elle propose une action concrète répondant immédiatement aux besoins des jeunes en termes d’alternative à la manche. La présence sur les lieux de mendicité s’en voit donc atténuée, venant compléter ainsi les actions d’insertion des plus âgés vers les chantiers d’insertion par exemple.

Le regard des habitants a changé car les Tapajeurs, auparavant perçus comme anxiogènes au coin de la rue, l’entretiennent à présent en désherbant les trottoirs manuellement du fait de notre politique « zéro phyto ». C’est donc aussi une aide aux services municipaux, débordés par cette nouvelle tâche.

Enfin, la participation des entreprises privées dans cette action est à souligner, tant elle bat en brèche d’autres idées reçues visant à cliver l’intervention sociale en la cantonnant aux professionnels de ce champ. Or, nous savons que le coup de pouce pour l’insertion professionnelle est le levier le plus pertinent afin d’asseoir un accompagnement social pertinent. Cette complémentarité sans arrière pensée est le socle de TAPAJ qui s’affranchit ainsi d’une tutelle trop institutionnelle avec parfois ses contraintes administratives et ses cadres préformés. Place à l’innovation pour des publics ne rentrant pas dans nos cases !

Après plus d’une année complète d’expérimentation, la plus value est tangible pour les Tapajeurs et donc pour ceux qui ont cru en ce projet. Il ne nous appartient donc plus car ce serait pêché de ne pas l’essaimer. Pourquoi un jeune itinérant de la rue ne pourrait il pas en effet, bénéficier d’un dispositif identique au gré de son errance sur le territoire national ? En tout cas nous nous tenons à disposition de toute collectivité souhaitant se lancer dans l’aventure.

En conclusion remercions tous ceux qui permettent à ceux qui adoptaient une position assise pour mendier à pouvoir se remettre debout pour reprendre en main le cours de leur vie.

Guy Hengen – Cordonnateur du CLSPD de Bordeaux

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